Handicap et Dépendance: impact social de la recherche et besoin social en recherche: 24 et 25 octobre 2013 à Lille

Session plénière du jeudi 24 octobre matin:
Enjeux contemporains de l’interdisciplinarité dans la recherche sur le handicap et la dépendance

Usagers de la recherche : le point de vue d’une organisation sanitaire et médico-sociale : Florence Leduc (FEHAP)

Florence Leduc se propose d’apporter un éclairage sur la question : comment des professionnels et des chercheurs travaillent ensemble ?

Elle avait cette volonté de faire de la recherche, dès le début de sa carrière professionnelle. Elle se posait la question : pourquoi dit-on ça ? D’où viennent ces résultats ?

Elle est en permanence accompagnée d’un doctorant. Cela implique une remise en question permanente, mais c’est très stimulant par rapport aux actions posées.

Après une longue carrière sur le terrain Florence Leduc a pris des fonctions de direction (sphères nationales et institutionnelles). Elle fait état de plusieurs expériences dans lesquelles professionnels et chercheurs ont travaillé ensemble:

–          Interventions les dimanches et jours fériés : on ne voulait pas laisser les personnes âgées chez elles si elles devaient être aidées 7j sur 7. Les autorités avaient peur d’un coût financier très important et orientaient automatiquement ce type de profil vers des EHPAD. Florence Leduc avait l’intuition que c’était une erreur. Selon elle les gens n’utiliseraient que ce qu’ils ont besoin. Pour passer de cette intuition basée sur des observations qu’elle avait eu l’occasion de faire, à quelque chose de plus raisonné, elle a travaillé en collaboration avec une équipe de recherche. Un travail a été mené sur 22.000 personnes. Grâce à la recherche on est passé de la suspicion que les aides à domicile voulaient caser le plus d’heures et que les personnes surconsommaient à une vision de la réalité montrant qu’on ne pouvait pas proposer à des personnes des choses qu’elles n’estimaient pas adaptées. Si on proposait aux gens des heures qui ne leur convenaient pas, dont elles n’avaient pas besoin, elles s’arrangeaient pour ne pas les consommer. On a ainsi pu remarquer qu’au final seules 300 personnes sur les 22.000 interrogées avaient réellement besoin de soins les dimanches et jours fériés. Cela a permis de mettre le doigt sur l’ajustement dont les aides devaient faire part. La recherche a permis de se rendre compte de ce qu’était vraiment la réalité. Un travaol a été mené sur les conditions nécessaires pour vivre chez soi. On note notamment une vraie volonté de vivre chez soi qui implique une certaine acception, compréhension des restrictions d’activités ; l’importance de l’entourage, mais qui n’est pas une condition suffisante, encore faut-il que l’entourage ait envie de cette cohabitation ; une collaboration et un accord du médecin traitant avec cette décision pour éviter des hospitalisations à tout bout de champ ; une adaptation du domicile à la personne dans son histoire à elle, sa capacité, sa situation financière. Cet exemple illustre le fait que la recherche permet de passer de l’intuition au raisonné, d’expliquer les choses de façon rationnelle.

–          Grille AGGIR peu adaptée pour certaines personnes quand on ne rentre pas dans la bonne case : Apparition de la grille AGGIR (1995, 1996) : quand on a scindé en deux les populations, on a confié des personnes (dépendances légères) au régime normal et les personnes avec les dépendances les plus lourdes aux conseils généraux. La grille va déterminer le groupe de dépendance (du GIR1 : dépendances sévères au GIR6 : pas de la dépendance). On a considéré que les GIR5 et 6 n’avaient pas besoin d’aide. Or, le travail au quotidien montrait que c’était une erreur. Une recherche a donc été menée afin de comprendre sur quoi se basait cette grille AGGIR. Pour cela, on a comparé cette grille avec d’autres grilles utilisées pour évaluer la dépendance. La recherche a montré que le GIR ne porte que sur des variables discriminantes, les autres portent sur des variables discriminantes, mais aussi illustratives. Les personnes GIR5 et 6 pouvaient se mouvoir… mais souffraient de maladies chroniques (insuffisance respiratoire, isolement, précarité sociale), elles faisaient seules les activités de la vie quotidienne, mais très difficilement. Le GIR ne prenait pas en compte des choses comme faire les courses, préparer son repas, aller dehors, on n’évaluait pas ça mais seulement le fait qu’elles étaient capables de manger seules, de se laver. Sans aide les personnes n’auraient pas pu rester chez elles et auraient été en très grande difficulté. On a pu démentir le fait que les GIR5 et 6 n’avaient pas besoin d’aide grâce à la recherche. La recherche est là pour éclairer des situations et essayer d’aller plus loin, peut-être qu’il y a une certaine instrumentalisation parfois, mais elle est réciproque. La loi de l’allocation personnalisée à l’autonomie a été influencée par leur recherche, un groupe de travail a été mis en place. Le fait d’avoir fait une recherche a donné plus de poids, ce n’était pas une intuition, c’était basé sur des données.

La FEHAP veut un réseau de recherche, car la recherche donne des outils de travail, la recherche nourrit, elle permet en permanence d’avoir le doute questionnant. Il est important que les cadres, les directeurs intègrent cela à leur temps de travail, qu’ils questionnent leurs pratiques par rapport à cela.

Questions de la salle:

–          Vous nous convainquez de l’importance de faire la preuve de ce qui intuitif grâce à la recherche pour faire évoluer les choses au point de vue politique, mais comment fait-on quand on est praticien de terrain pour se rapprocher de chercheurs, pour se faire financer une recherche ?

Florence Leduc explique qu’elle a commencé par fouiner dans les universités, par faire son réseau, par demander à quelqu’un : « connais-tu quelqu’un qui bosse sur ce thème-là ». L’envie est le moteur, il suffit d’aller taper à la porte des universités et des écoles.

Un monsieur dans l’assistance ajoute qu’on peut travailler avec les programmes européens, les professionnels peuvent être intégrés à des conseils facultaires.

Pourquoi une approche pluridisciplinaire est-elle indispensable pour aborder scientifiquement la situation des personnes en situations de handicap ? : Michel Mercier (FUNDP)

On a connu plusieurs évolutions dans le champ du handicap.

La première évolution est le passage de l’intervention de soins à la pédagogie du projet. La personne était objet d’interventions thérapeutiques, la personne handicapée devient sujet d’un projet éducatif.

On est dans une approche de la subjectivité, du projet du sujet, mais on a prétendu ramener le sujet à un processus inconscient pour les psychanalystes, à ses comportements (cognitivo-comportemental), à son univers familial (systémicien)… Mais prend on alors vraiment en compte l’individu dans son propre projet ? On est marqué par des cultures dans lesquelles les personnes doivent s’insérer pour que leur projet soit pris en compte.

Une deuxième évolution est le passage d’une culture de la vocation à une culture de la profession. On a des gens qui sont payés pour faire quelque-chose. On a une modification de la relation d’aide quand on passe à une professionnalisation. La personne handicapée n’a-t-elle pas besoin d’un engagement tant de la part du professionnel que du chercheur ? Le concept d’accompagnement pose question. Michel Mercier donne un exemple personnel, il doit être là quand l’aide familiale vient parce qu’il a besoin d’être accompagné, tant pis si il travaille à temps plein et ne peut être là pendant les heures de bureau.

La troisième évolution est le passage d’une institution asilaire à une institution ouverte. A quel risque soumet-on la personne et quel niveau d’autonomie a-t-elle pour accéder à une réelle intégration ? Il reste des isolements cachés, ce n’est pas parce qu’une personne vit en appartement qu’elle est dans la vie sociale, qu’elle peut développer des liens sociaux qui vont réellement rompre son isolement.

La quatrième évolution réside dans le passage d’une gestion autoritaire à une gestion démocratique des institutions. On peut toutefois se poser des questions : en quoi les personnes ont-elles droit à l’autodétermination ? La démocratisation est-elle réelle ? N’y a-t-il pas des pouvoirs occultes dans les institutions (petits chefs, petits séducteurs, dynamique de groupe…). Les personnes sont-elles réellement munies d’outils pour prendre leur destinée en main ? Est-ce que les projets des personnes peuvent réellement être pris en charge ?

La cinquième évolution est le passage du bénéficiaire usager au bénéficiaire expert, l’usager n’était auparavant pas considéré comme expert de son propre handicap, de sa propre vie. Le bénéficiaire a une connaissance approfondie et réelle de sa situation de handicap. On va mettre en place des outils de communication à travers lesquels les usagers peuvent partager l’expertise de leurs besoins, de leurs projets et être facteurs d’action sociale dans les pratiques à leur égard. On va passer d’une approche individuelle entre aidants et usagers à quelque chose de collectif. On va induire des changements sociaux à partir de ces situations individuelles. Il faut rendre social les avis des usagers, faire entendre leurs voix d’experts comme usagers.

Enfin, la sixième évolution est le passage d’une conception de l’insertion à une conception de l’inclusion sociale. Les personnes doivent devenir des citoyens à part entière, acteurs de leur droit et du système social. On a des outils juridiques, des conventions internationales (ONU par exemple, ou déclaration de Madrid qui évoque l’accessibilité générale à tous moyennant des aménagements raisonnables). Cela rejoint le PPH : Processus de Production du Handicap (Fougeyrollas). On peut toutefois se demander s’il ne faut pas, dans certaines circonstances, des milieux spécialisés pour certains types de handicap.

La définition du handicap de l’OMS comprend trois dimensions qui révèlent autant de composantes du handicap : déficiences, incapacités, désavantage. La personne va être désavantagée dans un milieu pas adapté à son handicap et donc l’inclusion ne serait pas possible.

Henri-Jacques Stiker va distinguer:

–          Insertion sociale : Michel Mercier donne l’exemple d’un non voyant mis dans un milieu spécialisé (il fait référence à l’enseignement spécialisé, au CAT…). Il parle de réclusion.

–          Intégration sociale : Michel Mercier donne l’exemple historique de l’autorisation pour le non voyant de mendier dans les rues, ils ramenaient donc de l’argent.

–          Inclusion sociale : Michel Mercier donne l’exemple de Louis 16 qui s’est arrangé pour dire que si on donnait l’aumône à un aveugle, on aurait des indulgences. Il explique, non sans humour qu’on avait à l’époque un changement de lien social. En effet, les personnes aveugles amenaient quelque chose aux autres.

Wolf Wolfensberger est parti de la notion de normalisation (il faut fournir des outils pour que les personnes puissent normaliser leurs comportements) pour la reconceptualiser et la renommer la VRS pour valorisation des rôles sociaux (il faut valoriser les personnes handicapées dans leur différence). On peut également ajouter le concept de la participation sociale avec des initiatives comme le mouvement « personnes d’abord ».

Michel Mercier évoque également les travaux sur les représentations sociales du handicap et notamment le travail de J-S Morvan sur les cinq catégories d’images du handicap. La première met l’accent sur le corps atteint, impotent et sur la déficience mentale « visible » par le comportement de l’individu handicapé. La seconde évoque les personnes handicapées considérées comme des enfants ce qui entraine des relations infantilisantes considérant la personne handicapée comme un être incapable d’autonomie. La troisième met l’accent sur les techniques palliatives pour la personne en situation de handicap physique (la canne blanche, la chaise roulante), ces techniques permettent de rétablir certaines capacités mais maintiennent l’idée de dépendance. Pour les personnes en situation de handicap mental, c’est l’image d’un monde clos, d’enfermement qui domine. La quatrième image véhicule une image de vouloir-vivre, de capacité d’autonomie pour une personne en situation de handicap physique, mais de trop plein affectif, d’exubérance pour la personne en situation de handicap mental. Enfin, la cinquième image évoque le malaise de la société face au handicap (je veux bien vous aider mais je ne sais pas comment m’y prendre).

La déclaration de Madrid invoque d’abord la non-discrimination qui implique des actions positives. Le forum européen des personnes handicapées avait déclaré la nécessité de ces discriminations positives pour garantir l’égalité des droits. Cela permettra d’aller vers l’inclusion. Michel Mercier évoque deux exemples. Le premier est celui des plans inclinés, tant qu’il n’y en aura pas partout, l’accessibilité ne sera pas totale. Le second est celui des lecteurs d’écran vocaux. Parce qu’ils sont Indispensables dans le champ de la cécité, toutes les sociétés devraient rendre leurs appareils compatibles.

Michel Mercier évoque aussi l’Ecole de Francfort  et un de ses représentants majeurs : Habermas. Si on se réfère aux théories de cet auteur, il y a trois manières d’aborder le handicap :

–          Agir objectivant : on ramène le handicap aux déficiences

–          Agir communicationnel : relation de personne à personne, on ramène les choses à la différence, mais attention à ce que ce ne soit pas la porte ouverte à des rapports de pouvoir hiérarchisé

–          Agir émancipatoire : reconnaitre la personne dans ce qu’elle apporte à la société, dans ses compétences.

Il y a un mécanisme psychosocial qui traverse ces approches du handicap. On a une première ligne qui met l’accent sur les déficiences, la seconde ligne est une comparaison de la personne valide et de la personne handicapée, la troisième ligne est la ligne de participation qui combine approche individuelle et sociale. L’approche individuelle n’est pas suffisante, il faut aussi une prise en charge collective des personnes handicapées, de leurs droits.

Questions de la salle :

–          Les syndicats peuvent-ils régler les choses ?

Le conflit est source de failles dans la machine institutionnelle ce qui est intéressant, mais ce n’est pas la panacée car ils se sont institutionnalisés, professionnalisés. Les associations jouent aussi leur rôle. On a un changement de société et il y a possibilité de conflits sociaux, c’est là l’avancée. Cela partage le pouvoir, mais le problème c’est que la démocratisation ne va pas jusqu’à la base.

–          Les institutions n’ont jamais voulu aborder la vie affective et sexuelle des personnes handicapées, mais c’est en train de bouger et ce qui est permis légalement en Belgique, Suisse… ne l’est pas en France. C’est vrai que certaines institutions le prennent en charge, y réfléchissent, mais rien ne les obligent légalement à le faire. La question est prise en compte mais ce n’est pas généralisé.

–          Que mettez-vous sous « capacité » et pourquoi utilisez-vous « personne en situation de handicap » et pas « personnes handicapées » ?

 Une technologie peut rendre une personne indépendante, il y a une capacité à l’autonomie. On a le concept de capabilités qui englobe ces différents concepts, l’autonomie c’est la capacité à exprimer ses désirs, à réaliser ses projets en respectant des contraintes y compris liée à son handicap et aussi les contraintes qui leur sont imposées.

Personne en situation de handicap, ça a été introduit par les québécois, lui auparavant utilisait personne handicapée. L’intérêt quand on parle de personne en situation de handicap c’est de montrer que si je suis handicapé c’est parce que je suis dans une situation sociale pratique qui me met en situation de handicap. Si tous les noms des rues étaient sonores par exemple, je ne serais pas handicapé par les noms des rues, cela met l’accent sur les incapacités liées à la déficience mais aussi à l’environnement.

–          La lutte contre le handicap, c’est la lutte contre la situation, mais en tant que médecin, je vois aussi la lutte contre la déficience, la diminution de la déficience.

Michel Mercier dit qu’il a insisté sur l’aspect social, car c’est celui qui a été le plus négligé. L’utilisation des tablettes pour les personnes déficientes mentales est très utile aussi.

–          Quel est le risque de l’institution ? Quel est le risque que l’établissement peut assumer ?

Quand on fait de l’éducation affective et sexuelle, on prend un risque d’abus sexuel, car les personnes vont séduire. Il y a un risque pour l’institution quand elle favorise l’autonomie, il faudrait une législation adaptée. Il faut évaluer la capacité de l’institution à gérer ces risques.

La recherche émancipatoire, vers l’éthique d’une citoyenneté partagée : Mireille Tremblay (UQAM)

Il existe différentes catégories de droits :

–          Droits civils : ces droits protègent les individus de l’arbitraire. Ce sont des droits passifs.

–          Droits socio-économiques et culturels : droits à l’éducation, au travail, à la culture… Ces droits nous permettent de participer.

–          Droits politiques : ces droits nous permettent d’avoir du pouvoir.

Les femmes, par exemple, ont dû se battre pour conquérir ces droits. Les personnes handicapées, marginalisées, vont aussi s’émanciper en exerçant ces droits-là. On a parlé de désinstitutionnalisation dans un premier temps, puis on a l’accès au travail, aux loisirs… Pour l’instant, on a un retard concernant les droits politiques, les personnes doivent renverser des obstacles importants. Statistiquement très peu de personnes peuvent être élues.

Le projet porte principalement sur les droits politiques.

La CDPH (Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées) engage une transformation des rapports à partir des droits et de la citoyenneté.

Pour exercer ses droits, pour être un bon citoyen que faut-il faire ? Citoyenneté active, participation citoyenne (def Jansen et al., 2006 p.196 inspiré de Haahr, 1997). Cela peut prendre plusieurs formes : participation électorale, action communautaire, prise de parole. Etre capable de prendre la parole. La recherche d’information et l’adhésion à des associations ou à des organisations.

Il y a trois niveaux d’engagement :

–          Niveau individuel

–          Niveau collectif dans les ONG

–          Niveau international

On ne nait pas « bon citoyen », on le devient. Processus d’intégration sociale (Schnapper, 2007, p.13).

Si on devient « bon citoyen », il faut s’éduquer à la citoyenneté démocratique. Paulo Freire parle d’émancipation : « un processus par lequel les individus prennent le rôle de sujets dans l’aventure précaire qui est celle de transformer et recréer le monde ». Pour lui aliénation : incapacité de l’homme d’écrire sa propre histoire et d’être acteur de sa propre vie selon sa façon de voir les choses (p.33).

Pour Freire, il y a trois étapes dans l’éducation :

–          Nommer la réalité

–          Réflexion et analyse

–          Propositions d’action : que faire ?

Recherche émancipatoire : Mike Oliver, il est devenu handicapé jeune (17, 18 ans), il s’est rendu compte que la recherche qui était menée ne correspondait pas à sa lecture de la situation ou à celle des personnes handicapées comme lui. On va parler de modèle social du handicap : c’est la société qui crée des contraintes et qui fait que la personne se retrouve placée en situation de handicap. La recherche doit être menée avec la personne handicapée du début à la fin. Toutes les personnes handicapées ne sont pas aptes à faire de la recherche. Processus mené par les personnes, processus de prise de conscience, de critique de la société, c’est un processus de conscientisation des enjeux sociaux du handicap. Les chercheurs doivent se politiser. Il parle beaucoup du passage du « je » au « nous ». Sa situation de personne handicapée l’a amené à s’engager, il a eu un impact fort sur les politiques en Angleterre.

Ouvrage : méthodologie de recherche avec les personnes déficientes.

Est-ce que les personnes sont capables de participer ? Les chercheurs doivent contrôler, les personnes doivent participer ? Comment garantir la validité ? Recherche participative versus recherche émancipatoire ?

Mireille Tremblay parle du PIECD : Programme International d’Education à la Citoyenneté Démocratique. Le PIECD est dans une perspective d’abord de recherche-action. Tout est parti d’une rencontre avec Nathalie Herman, psychologue dans un ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail) à Montigny-en-Gohelle. Au départ, des conférences ont eu lieu avec les usagers, les usagers parlaient de leur situation. En 2007, Cédric Routier (HaDéPaS) est arrivé, puis Jean-Philippe Cobbaut (CEM). Il y a eu une conférence à l’AIRHM (Association Internationale de Recherche scientifique en faveur des personnes Handicapées Mentales). On a vu émerger la volonté d’avoir un lieu de rencontre, des séminaires en commun. Le premier a eu lieu au Québec, un travail a été mené avec une vingtaine d’usagers sur l’appropriation des droits, quelles sont les situations de droit pour lesquels vous éprouvez des obstacles ? C’était un processus sur plusieurs jours où le groupe se prend en charge, on se centre aussi sur la prise de parole des personnes. Au départ, le groupe était consacré à la déficience intellectuelle puis ça s’est élargi à tous les types de handicap (notamment Advocacy France, personnes du Luxembourg, du Québec). Des programmes de soutien et de formation sont mis en place, il s’agit de soutenir aussi les personnes dans la promotion de leurs droits. Lors des rencontres, chaque groupe présente ses réalisations. Par exemple lors de la dernière rencontre du PIECD, Jacques qui fait partie de la section des usagers de Montigny-en-Gohelle a parlé de la formation : S3A. Le pictogramme S3A a été créé par l’UNAPEI pour indiquer les lieux qui proposent un accueil, un accompagnement et des prestations adaptées aux personnes en situation de handicap mental. Dans le cadre de la certification S3A, Jacques, un usager et la psychologue de l’ESAT où il travaille, forment les travailleurs de divers lieux comme de grandes surfaces par exemple pour qu’ils soient capables d’accueillir et d’accompagner des personnes handicapées mentales.

Les principes du PIECD tels qu’ils ont été définis avec les personnes handicapées :

–          Mission axée sur l’exercice et la promotion des droits

–          Comités de travail composés de personnes présentant une déficience intellectuelle

–          Engagement des personnes en faveur de la citoyenneté active

–          Programmation axée sur l’éducation à la citoyenneté démocratique

–          Collaboration internationale, suscitant l’échange entre les personnes présentant une déficience intellectuelle

Elargissement possible de la problématique à toutes les personnes en situation de précarité (pauvreté…).

Quels étaient les enjeux pour les personnes ?

Résultats : ça fonctionne, droits importants : respect et intégrité, accès au travail…

On a un passage du « je » au « nous », processus de collectivisation, d’engagement et d’entraide.

Ce projet est mené avec l’organisation internationale de la francophonie.

Mireille Tremblay évoque un projet de recherche sur les compétences civiques au Québec (ça s’apprend, ils vont développer des compétences…).

Elle remarque que plus les personnes participent, plus elles désirent participer.

Recherche émancipatoire ou participative ?

On est bien dans ce qu’on peut qualifier de recherche émancipatoire, car les personnes participent à toutes les étapes du processus de la recherche, on a un renversement des rapports au savoir, une perspective de conscientisation, d’émancipation… La recherche émancipatoire nous invite à reconsidérer le rapport dominant-dominé.

On arrive à une éthique de la citoyenneté, qu’est-ce que cela suppose ? On peut aussi avoir une certaine souffrance.

Recherche qualitative, constructiviste, on construit de nouveaux savoirs qui nous transforment mutuellement, on a des relations fondées sur le principe d’égalité, le savoir devient une propriété collective, la personne handicapée acquiert des droits, du pouvoir.

Alexandre Jollien, 1999, Le métier d’homme, Seuil

Questions de la salle:

–          Comment fonctionne l’évaluation de ce type de pratique de recherche émancipatoire ? Publications ? C’est très difficile pour certains, le mode de financement fait en sorte que c’est impossible de faire de la recherche émancipatoire. Qui paie va avoir intérêt à la recherche ? Pour lui, la recherche va-t-elle vraiment contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des personnes handicapées ?

Le PIECD n’est pas financé, mais il peut générer de la recherche financée. Avec la recherche action parfois on finance le programme, parfois on fait financer ça comme de l’éducation, de la formation. Il faut jouer sur différents tableaux.

–          Le retour aux grands textes internationaux est intéressant parce qu’en France on a la tentation de faire des chartes, de refaire des droits pour des groupes de population au lieu de s’adosser à des droits internationaux. Gros débat là-dessus. Souvent on crée des outils discriminatoires alors qu’on devrait tous avoir les mêmes droits, principe : on a tous les mêmes droits, mais certains groupes sont beaucoup plus fragiles que d’autres. Il y a eu de fortes pressions pour l’élaboration de cette convention-là.

–          L’Université Catholique de Lille, sur le quartier Humanicité, souhaite que les usagers soient impliqués (handicapés, précarité), on essaye de mettre en œuvre la co-créativité. Nous avons eu le World Forum en Nord Pas de Calais où on essayait de trouver des nouvelles façons de gérer le monde : travailler les uns avec les autres (solidarité, unité de l’homme…). On peut « oser », regarder du côté de l’Europe pour trouver des financements. Une expérience du même type a eu lieu à Barcelone fin juillet, avec moins de moyens, il faut maintenant travailler avec le public, mettre en place des méthodes pour le mobiliser, cela dépasse les conceptions que l’on peut avoir de la recherche.

L’utopie habermassienne, ce n’est pas toujours aussi facile que ça, mais c’est peut-être faisable : il faut travailler avec la société civile. L’engagement de la société civile est important, on part ici des personnes, on se rend compte qu’à partir du discours du sujet peut se partager un projet. Du collectif peut naitre de parcours individuels. On a un processus de construction qui peut partir du sujet. On peut partir des récits de vie et arriver à des récits emblématiques. Si on additionne des discours de sujets on en arrive aux statistiques. Le fait de mobiliser quelques personnes sur un enjeu prouve que ça concerne plusieurs personnes.

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