Colloque« Guérir, se rétablir, aller mieux…. en santé mentale et ailleurs ».

Le 8 janvier dernier, nous étions à l’atelier « La pair-aidance et le rétablissement » organisé par l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF), le Clersé (Lille 1), le CeRIES (Lille 3) et la participation du Centre Collaborateur de l’OMS en santé mentale.

Animé par Catherine Deschamp Leroux et Massimo Marsili, cet atelier donnait l’occasion de réfléchir sur la place de la personne ayant recours ou ayant eu recours à un service de santé mentale. Les usagers peuvent-ils contribuer à l’amélioration des services dont ils ont une expertise ? Dans quelle mesure les partenariats sont-ils bénéfiques pour toutes les parties prenantes (patient, ex-patient, professionnel, entourage, chercheurs)? Trois intervenants se sont succédé pour nous présenter leur expérience de la pair-aidance.

    1. Philippe Brun, médiateur de santé/pair (MSP).

Le programme d’entraide « médiateur de santé/pair » a été porté par le Centre Collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale[1].

Des critères ont été définis pour sélectionner les médiateurs. Ils doivent ainsi être « en capacité de travailler » et « avoir une expérience en tant qu’utilisateurs des services de santé mentale », d’où la référence à la notion de « pair », « décider d’entamer un parcours de professionnalisation dans le domaine de l’aide et de la médiation en santé mentale » et « jouer un rôle de facilitateurs de santé, intégrés dans les équipes de santé mentale ». Philippe Brun a présenté les outils qu’il utilise au quotidien lorsqu’il exerce ses nouvelles fonctions. Il les qualifie de communs à toute relation d’aide.

1. L’humour, qui permet de se placer sur un  pied d’égalité et d’envisager des perspectives positives en améliorant le bien-être et en diminuant la pression.

2. L’optimisme, qui permet un chemin vertueux.

3. L’espoir,

4. Le Savoir expérientiel, avec une mise en garde sur le vocabulaire savant, parfois utilisé par les soignants, qui fige la relation.

5. La Lutte contre la stigmatisation, celles des patients sur eux-mêmes, des professionnels sur les patients et des patients sur les professionnels.

6. L’engagement,

7. L’empathie, ici perçue comme la compréhension du sentiment de l’autre.

2. Jean-François Pelletier (Centre de recherche Fernand Seguin, département de psychiatrie, université de Montréal, Canada).

Directeur du Programme internationale de recherche-action participative sur le rétablissement civique, il nous a présenté les enjeux de la réflexion sur la citoyenneté des personnes ayant eu recours à des services de santé mentale. Il participe à un certain nombre de recherches dont l’objectif est « non seulement de maintenir les gens dans la communauté, mais de faire en sorte qu’ils soient de la communauté ». Ses recherches se concentrent sur le processus de rétablissement et sur le plein exercice de la citoyenneté des usagers de services de santé mentale. Ces derniers, durant le processus de rétablissement, redeviennent des citoyens à part entière qui appartiennent à un environnement, à prendre en compte, qui leur est propre. Suivit une présentation schématique de l’évolution de l’approche du patient (3 schémas présentés dans un ordre chronologique) :

  • Le modèle paternaliste.

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Ce mode de prise en charge n’est plus possible en lien par exemple avec le développement croissant des maladies chroniques. Selon cette approche, le patient est totalement passif. Il s’agit d’une relation à sens unique « équipe soignante/ patient ».

  • L’approche centrée.

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Selon cette approche, le soignant aide le patient dans son processus de rétablissement en l’accompagnant vers une prise en charge autonome et très personnelle. Elle constitue un grand poids pour l’individu (ce modèle serait majoritaire aux Etats-Unis depuis 30 ans).

  • Le modèle partenariat/ patient.

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Selon cette approche, le patient est intégré à la réflexion d’une équipe qui regroupe les professionnels du soin, le patient et son entourage. L’objectif est d’aboutir à un partenariat de soin. Ce modèle nécessite l’inclusion du patient par le biais de son savoir d’expertise.

Jean-François Pelletier a ensuite présenté une recherche-action participative qui a eu pour objectif de canaliser la connaissance subjective des usagers vers un savoir objectif. Cette dynamique participative est possible avec l’élaboration d’un groupe d’UPR (Usagers Partenaires de Recherche). A travers la question « Pour moi, être citoyen à part entière ça signifie… », le groupe de recherche du Projet citoyen (Institut Universitaire en Santé Mentale de Montréal) a élaboré un outil de mesure de la citoyenneté en cours de validation[2]. Cet outil est censé appuyer le processus de la condition de patient vers la condition de citoyen à part entière, à travers le développement de capacités.

    3. Isabelle Ruelland (Université de Montréal/ Alliance Internationale de Recherche Universités- Communautés-Santé Mentale et Citoyenneté). Les espaces collectifs d’organisation des services de santé mentale au Brésil et le rétablissement des personnes utilisatrices. Le cas du réseau public de Campinas.

Isabelle Ruelland a présenté son observation du dispositif des assemblées des usagers dans les services de santé mentale à Campinas au Brésil. Elle a attiré notre attention sur la démocratisation des espaces et notamment la part des usagers comme enjeu de démocratisation. Cette nouvelle gestion collective des services (ouverture d’espaces pour les usagers) permet des échanges entre pairs qui mènent à une implication sociale et politique. L’une des questions soulevée concernait l’aspect de micro-innovation des assemblées des usagers, dont on attend plutôt des répercussions à un niveau local. Comment une micro-innovation peut-elle avoir un impact à une échelle plus macro ?

 

Echanges finaux :

Le programme MSP ainsi que les recherches-actions présentés lors de cet atelier soulignent la prise de conscience du pouvoir de représentativité par les personnes ayant eu recours à des services de santé mentale. Il est possible de penser sa santé, d’adopter un rôle de pair-aidance ainsi que mettre à profit l’expertise d’usage. Ainsi Jean-François Pelletier a-t-il souligné l’importance d’aménager d’autres espaces qui permettent des relations patient/médecin de nature différente de celle adoptée lors d’une consultation (assemblées d’usagers, UPR et MSP).

[1] http://www.ccomssantementalelillefrance.org/?q=programme-%C2%AB%C2%A0m%C3%A9diateur-de-sant%C3%A9pairs%C2%A0%C2%BB

[2] Pelletier, J. F., Fortin, D., & Bordeleau, J. (2014). Pour nous, être citoyens à part entière, ça veut dire… Sante Ment Que, 39(1), 311-324. Voir aussi : Rowe, M., Clayton, A., Benedict, P., Bellamy, C., Antunes, K., Miller, R., Pelletier, J. F., Stern, E., O’Connell, M. J. (2012). Going to the Source: Creating a Citizenship Outcome Measure by Community-Based Participatory Research Methods. Psychiatric Services, 63(5): 445-450.

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