Projet « section des usagers »

La section des usagers est un groupe d’auto-représentants qui ont une déficience intellectuelle. Elle est née en 2004 suite à un voyage au Québec réalisé par le Conseil d’Unité d’un ESAT de Montigny-en-Gohelle soutenu par la psychologue de l’établissement. Dans ce conseil d’unité, les personnes en situation de handicap échangeaient sur leurs conditions de travail et sur ce que signifiait: «être handicapé». Au cours de leur voyage d’étude, les membres de ces conseils d’unité ont rencontré des membres de l’association d’auto-représentants « Personnes d’abord » et Mireille Tremblay, une chercheure qui leur a proposé de rejoindre le PIECD (Programme International d’Education à la Citoyenneté Démocratique). Dès leur retour, les participants ont décidé de créer la section des usagers dans le but de sensibiliser la population aux déficiences intellectuelles, et d’interagir dans des lieux où elles sont encore mal représentées.

En 2008, deux chercheurs de l’Université Catholique de Lille ont rejoint le groupe, puis une chercheure en communication en 2013 et en 2015, une doctorante en sociologie.

Avec ce projet, nous poursuivons deux objectifs d’égale importance. L’un des objectifs est de permettre aux personnes ayant une déficience intellectuelle d’atteindre les objectifs de la «section des usagers» à savoir: mieux faire connaitre la déficience intellectuelle, donner une autre image, éliminer les obstacles, défendre les usagers… L’autre objectif est de mieux comprendre quelles conditions de soutien et de développement sont nécessaires pour mener à une participation citoyenne effective des personnes en situation de handicap.

Aujourd’hui, quatre chercheurs et une dizaine d’auto-représentants travaillent ensemble.

Au fil du temps, nos méthodes de recherche sont devenues de plus en plus inclusives. Au début, nous avons utilisé l’observation participante classique. Nous avons ensuite évolué vers le désir d’impliquer les utilisateurs dans l’analyse. Nous avons alors utilisé la vidéo pour conserver les enregistrements des réunions de section. Afin de rendre les usagers observateurs de leurs propres interactions, nous avons mis en place l’auto-confrontation (Mollo, Falzon, 2004). Cette méthode consiste à confronter les participants à leur activité en les encourageant à la commenter en présence d’un interlocuteur. Avec l’accord des utilisateurs, les réunions de la section étaient filmées et ces vidéos regardées ensuite par tous les participants (chercheurs, professionnels, usagers) invités à les commenter, à tenter de mieux comprendre les interactions et ce qui entrave ou facilité la participation. Un cadre est mis en place dans lequel les participants sont invités à réagir sur l’activité, une sorte de discours sur le faire (Faïta, Vieira, 2003). Nous décrirons ces moments comme une métacommunication construite (d’Arripe, 2013), dans le sens où les personnes sont amenées à s’extraire du contexte de la situation. En nous extrayant volontairement du cadre des échanges, nous réfléchissons au pourquoi de nos interactions, nous nous interrogeons sur le cadre (Goffman, 1991 [1974]) que nous identifions, sur les règles que nous lui associons. Le but est de capturer l’activité qui est faite, mais aussi de penser à ce qui aurait pu être fait (Clot et al., 2000). Plusieurs variantes existent dans la méthode d’auto-confrontation. Nous avons opté pour la confrontation dite collective, consistant à rassembler un groupe de participants pour commenter l’activité de certains d’entre eux.

Nous avons également veillé à expliquer certains termes que nous utilisons fréquemment aux membres de la section comme les notions de participation, de recherche ou de recherche émancipatoire.

Enfin, dernièrement, il nous a semblé utile de proposer également aux usagers de participer à la récolte des données. Comme la question de la mobilité et des transports revenait souvent comme une condition essentielle de la participation, nous avons proposé aux personnes d’aller étudier concrètement l’accessibilité dans les gares.

Nous avons ainsi réalisé une première observation dans deux gares lilloises. Les usagers ont également réalisé des mises en situation et interrogés le personnel présent. L’analyse des données récoltées a débouché sur une liste de points positifs ou à améliorer que nous avons synthétisés dans un document en facile à lire et à comprendre. Le même travail va être mené dans une gare de bus car plusieurs personnes utilisent quotidiennement ce moyen de transport.

Des projets de rencontres internationales avec des personnes déficientes intellectuelles participant à des recherches inclusives sont en cours de construction.

 

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